Jodi Taylor

Jodi Taylor

Née à Bristol, Jodi Taylor a commencé par publier « Les Chroniques de St Mary » en numérique, à compte d’auteur. Après un succès foudroyant (plus de 60 000 lecteurs et 1000 « cinq étoiles »), elle est publiée par un éditeur en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis et au Canada. Numéro 1 des livres audio aux États-Unis, le premier opus a dépassé les 120 000 exemplaires vendus (tous formats confondus) et le dixième tome est sorti le 25 avril 2019 en anglais.

Interview de Jodi Taylor pour H for History, février 2019.

« Bonjour, je m’appelle Jodi Taylor et je suis écrivain. Je suis également accro au chocolat, timide, maladroite et j’ai la capacité d’attention de… Qu’est-ce que je disais, déjà ?

On me demande souvent comment et pourquoi j’ai commencé à écrire. La réponse la plus rapide est : je m’ennuyais. Après de très très longues années dans l’administration locale, je suis partie à la retraite en Turquie… Tout à fait !!!

Après de longues et nombreuses années de dur labeur pour un tout petit salaire, il était tout à fait légitime de me poser au soleil avec un verre de quelque chose dans une main et un livre dans l’autre. C’est là que j’ai commencé à avoir envie… d’écrire – je précise, avant que quiconque ait une autre idée.

J’ai toujours été fascinée par l’Histoire. J’aimais la Grèce antique, l’Égypte ancienne, les Romains, les Tudors, Azincourt, les Thermopyles, la malédiction de Toutânkhamon, la mort mystérieuse d’Édouard II, la guerre de l’Oreille de Jenkins et ainsi de suite… Mais malheureusement, ma vision « adolescente » et naïve a fait face à l’enseignement secondaire. « Mesdames et messieurs, du côté rouge : sexe, drogue et rock&roll et du côté bleu : le dressage d’animaux, la Charte populaire et la loi des Pauvres. »

À quoi pensaient-ils ? C’est comme si les autorités de l’éducation s’étaient assises et avaient dit : « Bon, rien à faire des batailles, des exécutions et des échanges de bébé royaux, on va leur donner de l’histoire de l’agronomie, de la mule-Jenny et autant de lois de réforme que possible. Ça devrait les dégoûter de l’Histoire pour un bon moment. »

Bien joué, les gars.

Parmi tout ce qui m’a réjoui d’avoir écrit « Les Chroniques de St Mary », c’est le nombre de personnes qui m’ont écrit pour me dire qu’ils n’avaient pas réalisé à quel point l’Histoire pouvait être intéressante et qu’ils avaient même voulu aller plus loin dans leurs recherches en lisant mes livres.

Je viens de réaliser que je suis partie bille en tête, comme toujours, et que je n’ai même pas commencé par le début. Allez, Taylor, on recommence !

Bonjour, mon nom est Jodi Taylor et je suis l’auteur des « Chroniques de St Mary », qui content les aventures d’un groupe d’historiens voyageant dans le temps et qui enquêtent sur des événements majeurs de l’Histoire. Ne parlez surtout pas de « voyage dans le temps ». Ils travaillent à l’institut de Recherche en Histoire du prieuré St Mary, situé tout près de la ville imaginaire de Rushford.

Le pouvoir croissant que j’ai pris sur mes personnages m’a permis de les envoyer sur des événements vraiment passionnants : Persépolis, la porte des Lamentations, Bosworth, la cour de Marie, reine d’Écosse, la vallée des Rois… où il ont tous failli mourir noyés, attraper la peste, se faire prendre dans le Grand Incendie de Londres ou autre problème mineur. Parce que, comme mes historiens le diraient eux-mêmes : qui ne voudrait pas voir « dévoré par un dinosaure » sur son certificat de décès ?

Les habitants de St Mary – souvent décrits comme un groupe plein de thé, véritable aimant à désastre – forment une communauté très diverse. L’héroïne, Max, est une petite rouquine un peu tordue qui saute joyeusement de crise en catastrophe, et inversement.

Il y a l’indestructible Markham, qui cache un secret et abrite à peu près tous les parasites humains connus… et même certains encore inconnus.

Le cher vieux Monsieur Swanson, à moitié aveugle et en charge du cabinet des poisons.

Ou Miss Lingoss aux cheveux arc-en-ciel de la R&D.

Ou la garce de Barclay, qui ne lâche jamais rien.

Ou Kalinda Black, grande, blonde aux yeux bleus, qui ressemble à une princesse Disney et qui boit le sang des stagiaires pour rester jeune éternellement.

Ou Clive Ronan, ancien membre de l’institut, qui laisse les ténèbres de la destruction sur son passage.

Ou l’énigmatique Leon Farrell, la voix du calme et de la sagesse dans le chaos de St Mary.

Et beaucoup d’autres encore. J’ai imaginé tout un casting d’excentriques pour la simple et bonne raison que je suis l’auteur… Ce que d’ailleurs j’ai compris être totalement faux à la moitié du second paragraphe du premier chapitre du premier tome.

J’ai donc créé tous ces personnages et beaucoup vont mourir – certains dans des conditions atroces – parce que malheureusement l’Histoire fait rarement de prisonniers. Une erreur et vous êtes plus mort que mort. Je ne voulais surtout pas créer des personnages à qui rien n’arrive jamais. Et qui s’en sortent toujours. Je voulais que mes lecteurs sachent que lorsque mes personnages sont en péril, il y a de grandes chances qu’ils ne s’en sortent pas vivants.

L’institut St Mary en lui-même est un établissement très « british ». C’est miteux et délabré… un peu comme ses habitants. Le financement est toujours un problème. Rien ne fonctionne correctement.

Par exemple, il y a un département de R&D qui tuera tout le monde un jour. Le R&D enquête sur des problématiques de l’Histoire très concrètes. Combien de temps faut-il pour tirer le cerveau de quelqu’un par ses narines ? Comment fonctionne un char romain ou un trébuchet ? Jusqu’à quelle distance exacte, peut-on projeter une vache morte ?

Il y a aussi le département de Sécurité dont la mission principale semble être de manger des sandwichs au jambon et de tomber dans le lac, mais qui se trouve souvent au bon endroit et au bon moment pour aggraver une situation déjà bien complexe.

Et le département Technique, engagé dans une bataille constante pour que les choses fonctionnent et pour tenir éloignés les historiens, dont le but principal est de tout détruire. La phrase « c’est tombé de ma main » est leur formule favorite.

Je dois dire que les livres sont extraordinairement drôles à écrire. Je peux rendre mes personnages aussi scandaleux que je le souhaite. Je peux faire passer une scène du burlesque au tragique et inversement en un seul paragraphe. Oh, quel pouvoir !

Je pense que ce que je voulais, c’était rendre l’Histoire intéressante. Parce que ça l’est. Ça n’est pas juste des dates, l’Histoire est une affaire de personnes, et pourquoi elles ont fait ce qu’elles ont fait. Pourquoi leurs actes ont conduit à tel ou tel événement. Pourquoi leur incapacité à agir a conduit à une telle catastrophe avec des conséquences désastreuses. Parce que, comme se le disent souvent mes historiens : « Rien n’arrive de manière totalement isolée. Tout est connecté à tout. » Ce qui est parfaitement vrai. Des centaines de millions d’événements – petits et grands – se sont combinés pour nous faire arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Que ce soit une bonne ou une mauvaise chose, nous ne nous en apercevons pratiquement jamais, parce que nous sommes au milieu du bois et que nous ne pouvons pas voir les arbres. Je me demande souvent ce que les futurs historiens diront de nous.

PS : C’est ça St Mary : là où l’histoire est toujours l’Histoire. Et elle doit être traitée avec respect, car un seul faux mouvement et l’Histoire saura riposter. »